La réforme de la facturation électronique est actée depuis la loi de finances 2022 et son calendrier est désormais définitif. À partir de septembre 2026, toutes les entreprises devront être en mesure de recevoir des factures électroniques. En septembre 2027, l’obligation d’émission s’étendra à l’ensemble des TPE, PME et micro-entrepreneurs. Pour beaucoup de dirigeants, la marche à suivre reste floue, d’autant que l’architecture du système a profondément évolué depuis les premières annonces. Ce guide fait le point sur ce qui est applicable, ce qui a changé, et ce que chaque structure doit mettre en place maintenant.
Ce que la réforme impose : l’essentiel à retenir
La facturation électronique obligatoire concerne toutes les entreprises assujetties à la TVA pour leurs transactions entre professionnels (B2B). L’objectif est de lutter contre la fraude à la TVA, estimée à 15 milliards d’euros annuels en France, en imposant des formats standardisés et des flux de données transmis directement à l’administration fiscale.
Ce qui change concrètement pour chaque entreprise
Un PDF envoyé par email ne sera plus accepté comme facture électronique au sens de la réforme. Les factures B2B devront être émises dans un format structuré ou mixte (Factur-X, UBL ou CII) et transiter obligatoirement par une Plateforme Agréée (PA), opérateur privé habilité par la DGFiP. Ces plateformes assurent l’émission, la réception, l’archivage et la transmission des données réglementaires à l’administration fiscale.
Qui est concerné ?
Toutes les entreprises assujetties à la TVA, sans exception. Cela inclut les auto-entrepreneurs, les professions libérales, les PME et les ETI. Les entreprises en franchise en base de TVA sont également concernées par l’obligation d’émission en format structuré, et devront, comme les autres entreprises, être en capacité de recevoir des factures électroniques dès septembre 2026.
Le PPF ne permet plus d’échanger des factures
Le Portail Public de Facturation (PPF), initialement prévu comme alternative gratuite aux plateformes privées, a vu son rôle d’échange abandonné par le Ministère de l’Économie le 15 octobre 2024. Le PPF remplit désormais deux missions : servir d’annuaire central des entreprises et de concentrateur de données pour l’e-reporting. Toutes les entreprises devront obligatoirement passer par une Plateforme Agréée privée pour leurs échanges B2B. Il n’existe donc plus de solution publique gratuite d’échange de factures.
Chorus Pro reste, mais uniquement pour le secteur public
Chorus Pro n’est pas abandonné. Il reste la plateforme de référence pour facturer le secteur public (B2G). À partir de septembre 2026, les entreprises fournisseurs du secteur public auront le choix entre Chorus Pro et une plateforme agréée pour leurs factures vers les administrations : État, collectivités, hôpitaux, établissements publics. Pour les échanges entre entreprises privées, seules les Plateformes Agréées sont habilitées. Les entreprises qui facturent à la fois des clients publics et des clients privés devront gérer les deux canaux simultanément.
Point de terminologie : depuis juillet 2025, la DGFiP a officialisé le remplacement du terme « PDP » (Plateforme de Dématérialisation Partenaire) par « PA » (Plateforme Agréée de facturation électronique). Les deux termes désignent la même réalité. Dans cet article, nous utilisons principalement le terme PA, conformément à la terminologie officielle en vigueur.
Le calendrier définitif
Le calendrier est fixé par l’article 91 de la loi de finances 2024 et confirmé par le décret n°2024-266 du 25 mars 2024. Il n’a pas été modifié depuis. Un amendement parlementaire proposant un report d’un an a été adopté en commission spéciale le 24 mars 2025, puis rejeté en séance publique le 11 avril 2025. Les dates ci-dessous sont donc définitives.
1er septembre 2026 : obligation de réception pour toutes les entreprises
À partir du 1er septembre 2026, toute entreprise, quelle que soit sa taille, devra être en capacité de recevoir des factures électroniques dans un format conforme, via une Plateforme Agréée. Cette obligation s’applique sans dérogation, y compris pour les auto-entrepreneurs et les entreprises en franchise de TVA. Ne pas avoir choisi et paramétré sa PA avant cette date constitue un manquement réglementaire.
1er septembre 2026 : obligation d’émission pour les grandes entreprises et ETI
Les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire ont l’obligation d’émettre leurs factures en format électronique structuré à partir du 1er septembre 2026, via une Plateforme Agréée.
1er septembre 2027 : obligation d’émission pour les TPE, PME et micro-entrepreneurs
Un an plus tard, le 1er septembre 2027, l’obligation d’émission s’étend à toutes les TPE, PME et micro-entrepreneurs. C’est la date à laquelle la réforme sera pleinement généralisée. Ce délai supplémentaire d’un an ne doit pas inciter à l’attentisme : le choix d’une PA, son paramétrage et la formation des équipes prennent du temps, et l’obligation de réception, elle, s’applique dès 2026.
Tableau 1 : Calendrier définitif de la réforme (source : article 91 LF 2024, décret n°2024-266 du 25 mars 2024)
| Échéance | Obligation | Entreprises concernées |
| 1er septembre 2026 | Recevoir des factures électroniques | Toutes les entreprises sans exception |
| 1er septembre 2026 | Émettre en format électronique + e-reporting | Grandes entreprises et ETI |
| 1er septembre 2027 | Émettre en format électronique + e-reporting | TPE, PME et micro-entrepreneurs |
| Même calendrier que l’émission | Transmettre les données e-reporting | Toutes les entreprises concernées |
Les Plateformes Agréées : fonctionnement et critères de choix
Puisque le PPF ne joue plus de rôle d’échange, les Plateformes Agréées sont le passage obligé de toutes les entreprises pour leurs flux B2B. Comprendre leur fonctionnement est indispensable pour faire un choix éclairé.
Ce qu’une PA prend en charge
Une PA est un opérateur privé habilité par la DGFiP. Elle assure l’émission des factures au format structuré, leur transmission à la PA du destinataire via l’annuaire du PPF, la réception des factures entrantes, la gestion des statuts (envoyée, reçue, acceptée, rejetée), et la transmission des données d’e-reporting à l’administration fiscale. Plus de 70 opérateurs ont obtenu ou sont en cours d’obtention d’immatriculation. La liste officielle est consultable sur impots.gouv.fr.
Comment les factures circulent : le modèle à 5 angles
Dans ce système, une facture suit un circuit précis. L’émetteur transmet sa facture à sa propre PA, qui la formate et la transmet à la PA du destinataire via l’annuaire central du PPF. La PA du destinataire remet ensuite la facture à l’entreprise cliente. En parallèle, les deux PA transmettent les données réglementaires au PPF pour la DGFiP. Ce circuit remplace le « modèle en Y » initialement prévu et simplifie l’architecture pour les entreprises.
Comment choisir sa Plateforme Agréée
- Vérifier l’immatriculation officielle : seules les plateformes figurant sur la liste publiée par la DGFiP sur impots.gouv.fr sont habilitées ;
- Compatibilité avec le logiciel existant : certaines PA sont intégrées nativement dans des logiciels de facturation ou de comptabilité, ce qui élimine les ressaisies ;
- Volume et tarification : les modèles varient selon le nombre de factures traitées ; certaines offres sont gratuites pour les faibles volumes ;
- Périmètre fonctionnel : archivage légal, gestion des statuts de facture, portail fournisseur, connecteurs vers les logiciels de gestion…
- Support en français : indispensable pour une TPE sans équipe technique dédiée.
Les formats de factures : ce que le logiciel doit produire
La réforme impose des formats précis. Les comprendre permet de dialoguer efficacement avec son prestataire et de s’assurer que la solution choisie est réellement conforme.
Les trois formats acceptés
Trois formats structurés sont reconnus par la réglementation. Factur-X est un format mixte combinant un PDF lisible et des données XML structurées. C’est le format le plus adopté par les TPE-PME françaises car il préserve la lisibilité habituelle d’une facture tout en répondant aux exigences techniques de la réforme. UBL (Universal Business Language) et CII (Cross Industry Invoice) sont des formats purement structurés, lisibles par les machines, davantage utilisés dans les contextes d’EDI ou d’échange automatisé entre ERP.
La fin du PDF envoyé par email
Un simple PDF transmis par email ne constitue plus une facture électronique conforme au sens de la réforme pour les échanges B2B. Le non-respect de cette obligation expose à des amendes de 50 euros par facture non conforme, plafonnées à 15 000 euros par an (article 1737 du Code général des impôts ). Pour l’e-reporting, l’amende est de 500 euros par transmission manquante, plafonnée à 15 000 euros par an (article 1788 D du CGI ).
Rappel : Chorus Pro reste obligatoire pour la facturation au secteur public (B2G). Une entreprise qui facture à la fois des clients publics et des clients privés doit utiliser Chorus Pro pour les premiers et une Plateforme Agréée pour les seconds.
Ce que les dirigeants doivent mettre en place avant septembre 2026
L’obligation de réception est fixée à septembre 2026 et ne souffre aucune dérogation. C’est l’action prioritaire pour toutes les structures, quelle que soit leur taille.
Étape 1 : vérifier la compatibilité du logiciel actuel
La première question à poser à son éditeur : mon logiciel génère-t-il des factures au format Factur-X, UBL ou CII ? Est-il connecté à une PA immatriculée par la DGFiP ? Si la réponse est floue ou négative avant l’été 2026, il faut chercher une alternative sans attendre. Des comparatifs de logiciels de facturation permettent d’identifier les solutions conformes disponibles sur le marché.
Étape 2 : choisir sa Plateforme Agréée et s’y inscrire
C’est la démarche prioritaire avant septembre 2026. Consultez la liste des PA immatriculées, sélectionnez un opérateur compatible avec votre logiciel, et créez votre compte. L’inscription en avance vous permettra d’être référencé dans l’annuaire du PPF et de recevoir des factures électroniques dès l’échéance.
Étape 3 : ne pas oublier l’e-reporting
L’e-reporting est une obligation distincte, parallèle à la facture électronique. Il concerne les transactions non couvertes par le dispositif B2B : ventes aux particuliers (B2C), opérations avec des entreprises étrangères, transactions exonérées de TVA. Ces données doivent être transmises périodiquement à la DGFiP via la PA, selon le même calendrier que l’obligation d’émission. Un logiciel conforme doit couvrir les deux obligations simultanément : e-invoicing et e-reporting.
Étape 4 : former les équipes aux nouveaux processus
Une facture électronique a un cycle de vie (émise, transmise, reçue, acceptée, rejetée, payée) qui diffère d’un PDF classique. Les équipes en charge de la facturation doivent comprendre ces nouveaux statuts et savoir gérer les cas de rejet. Une session de formation courte est un investissement rentable qui évite les blocages opérationnels au moment du démarrage.
Choisir son logiciel de facturation : les critères qui comptent
La réforme est l’occasion pour de nombreux dirigeants de revoir leur outillage de facturation. Voici les critères déterminants.
La conformité effective : le critère non négociable
Un logiciel conforme doit générer nativement les formats Factur-X, UBL ou CII, être connecté à une PA immatriculée pour l’envoi et la réception, et couvrir l’e-reporting. Avant de s’engager, exigez une confirmation écrite de l’éditeur sur ces trois points.
L’intégration avec la comptabilité
Pour une TPE ou une petite PME, un logiciel qui couvre à la fois la facturation électronique et la comptabilité (synchronisation bancaire, catégorisation des dépenses, déclarations de TVA) élimine les ressaisies et donne une vision financière consolidée. C’est ce que proposent des solutions comme Indy, conçues pour les indépendants et les petites structures.
L’ergonomie et le support
Le logiciel doit être pris en main rapidement par des équipes non techniques. La qualité du support client, la documentation disponible en français et l’accompagnement à la migration sont des critères à évaluer autant que les fonctionnalités.
Le coût réel
Les modèles de tarification varient : abonnement mensuel fixe, facturation au volume, offres gratuites pour les faibles volumes. Calculez le coût annuel total incluant le logiciel et la PA avant de vous engager. L’abandon du PPF comme solution gratuite signifie que la réforme a un coût pour toutes les entreprises, même modeste selon les solutions choisies.
Tableau 2 : Critères de sélection d’un logiciel conforme à la réforme
| Critère | Ce qu’il faut vérifier | Niveau de priorité |
| Format des factures | Factur-X, UBL ou CII générés nativement | Indispensable |
| Connexion PA | Partenariat avec une PA immatriculée par la DGFiP | Indispensable |
| E-reporting | Transmission automatisée des données de transaction | Indispensable |
| Gestion du cycle de vie | Suivi des statuts : émise, reçue, acceptée, rejetée | Fortement recommandé |
| Intégration comptable | Module comptable intégré ou synchro avec outil existant | Fortement recommandé |
| Support en français | Accompagnement réactif, documentation claire | Important |
| Coût total PA inclus | Modèle tarifaire transparent incluant les frais PA | Important |
Les erreurs à ne pas commettre
La multiplication des informations sur cette réforme, parfois contradictoires, a créé des confusions réelles. Voici les erreurs les plus fréquentes.
Attendre une solution publique gratuite
Le PPF ne permettra pas d’émettre ni de recevoir des factures B2B. Son rôle d’échange a été officiellement abandonné le 15 octobre 2024. Toutes les entreprises devront passer par une PA privée. Continuer d’attendre une solution gouvernementale gratuite pour les échanges de factures, c’est prendre le risque de ne pas être prêt en septembre 2026.
Confondre Chorus Pro et les Plateformes Agréées
Chorus Pro reste la plateforme de référence pour la facturation au secteur public uniquement. Il ne couvre pas les échanges B2B entre entreprises privées. Une entreprise qui facture à la fois une collectivité et des clients privés doit impérativement gérer les deux canaux.
Négliger l’obligation de réception
L’obligation de réception (septembre 2026) est souvent sous-estimée parce qu’elle semble moins visible que l’émission. Pourtant, ne pas pouvoir recevoir une facture électronique d’un fournisseur à partir de septembre 2026, c’est créer des blocages opérationnels concrets dans sa chaîne d’approvisionnement.
Oublier l’e-reporting
Beaucoup d’entreprises se concentrent sur la facture électronique et oublient l’e-reporting. C’est pourtant une obligation distincte avec ses propres sanctions. Les ventes aux particuliers, les transactions internationales et les opérations exonérées de TVA doivent toutes faire l’objet d’une transmission périodique à la DGFiP. Un logiciel conforme doit couvrir les deux obligations.
Sous-estimer les enjeux de cybersécurité
La dématérialisation des factures crée de nouveaux vecteurs d’attaque. Les Entrepreneurs Paris ont publié des ressources pratiques sur la cybersécurité pour les TPE-PME qui restent particulièrement pertinentes dans ce contexte. Privilégiez une PA disposant de certifications de sécurité reconnues (ISO 27001, hébergement en France ou en UE).
Sanctions applicables (source : Code général des impôts) : facture non conforme au format électronique : 50 euros par facture, plafonnée à 15 000 euros par an (art. 1737 CGI, LF 2026). Défaut de transmission des données e-reporting : 500 euros par transmission manquante, plafonnée à 15 000 euros par an (art. 1788 D CGI, LF 2026). Absence de plateforme agréée désignée : mise en demeure de 3 mois, puis 500 euros, puis 1 000 euros par trimestre jusqu’à régularisation.
Ce que la réforme change aussi pour la gestion quotidienne
Au-delà de la contrainte réglementaire, la facturation électronique peut apporter des bénéfices concrets si elle est bien mise en oeuvre.
Des délais de paiement potentiellement réduits
Une facture électronique est reçue, traitée et intégrée dans le système comptable du client bien plus vite qu’un PDF. Les délais de validation sont raccourcis, les litiges sur les mentions manquantes diminuent, et le traitement automatisé chez les grands comptes réduit les frictions. Pour les TPE qui travaillent avec de grands donneurs d’ordre, c’est un gain tangible sur les délais d’encaissement.
Une meilleure visibilité sur la trésorerie
Recevoir des factures dans un format structuré et les intégrer automatiquement dans l’outil comptable donne une vision précise des engagements à payer en temps réel. Pour un dirigeant qui pilote sa trésorerie au quotidien, c’est un avantage concret par rapport au suivi manuel de PDF.
Une base solide pour les déclarations de TVA
À terme, l’administration fiscale prévoit de proposer des déclarations de TVA pré-remplies à partir des données remontées par les PA. Les entreprises bien équipées dès 2026 seront en position favorable pour bénéficier de cette simplification dès qu’elle sera disponible.
Un signal de maturité numérique
Pour une TPE qui travaille avec des clients corporate ou des grands comptes, disposer d’un processus de facturation électronique fluide est un signal de sérieux. Dans certains secteurs, c’est déjà un critère de sélection implicite. Les entreprises qui ont engagé leur transition numérique peuvent par ailleurs bénéficier d’aides régionales pour financer ces investissements digitaux.
En résumé : deux dates, deux actions immédiates
Le calendrier est simple et ne changera pas. Septembre 2026 : toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée. Septembre 2027 : toutes les TPE, PME et micro-entrepreneurs doivent également pouvoir en émettre. Le PPF ne sera pas une alternative gratuite pour les échanges, et Chorus Pro ne couvre que le secteur public.
Les deux actions à mener maintenant, sans attendre : vérifier que son logiciel est conforme ou identifier une solution de remplacement, et s’inscrire sur une Plateforme Agréée immatriculée.

Cet article a été rédigé par :
Indy
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